Encyclique du pape François : Dilexit nos (« Il nous a aimés »)
Le Sacré-Cœur de Jésus, antidote à un monde sans cœur
Le Sacré-Cœur de Jésus comme antidote à « un monde sans cœur ». C’est le message qu’a voulu diffuser le pape François, tout au long des quelque 130 pages de l’encyclique Dilexit nos (« Il nous a aimés », en français), publiée le 24 octobre 2024.
Elle est consacrée à cette dévotion populaire, qui a connu un renouveau et une renommée dans le monde entier après les apparitions de Paray-le-Monial au XVIIᵉ siècle, avant de retomber progressivement dans une certaine désuétude au XXᵉ siècle.
Cette nouvelle encyclique − la quatrième du pape − constitue une ordonnance spirituelle pour revenir à l’essentiel, au cœur de l’humain et de la foi.
Pourquoi dépoussiérer une spiritualité jugée « passée » ?
Remède à un monde désincarné
Face à cette modernité froide, « liquide », désincarnée, peuplée de « consommateurs en série » et assujettie à des technologies « inhumaines », François préconise donc un retour au cœur, « lieu de la sincérité, où l’on ne peut ni tromper ni dissimuler ».
Le cœur, poursuit-il, est indispensable pour changer le monde, il forme « la base de tout projet solide (…) ». Pour se situer au centre de la foi, le pape invite les catholiques à se tourner vers le Sacré-Cœur de Jésus. Une manière de renouer avec l’incarnation.
Le pape souligne l’importance de cette dévotion qui, selon lui, s’avère un remède aux maux des sociétés contemporaines. Ces dernières sont caractérisées par « une forte avancée de la sécularisation qui aspire à un monde libéré de Dieu ».
La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus s’est développée dans les ordres religieux au Moyen Âge, avant de se répandre largement après les apparitions à sainte Marguerite-Marie Alacoque à Paray-le-Monial, dont le jubilé des 350 ans est célébré cette année.
Le Sacré-Cœur contre les dérives de l’Église
Le pape jésuite n’y voit pas seulement un remède aux maladies du monde, mais aussi aux dérives internes à l’Église.
Le recentrage sur le Cœur de Jésus doit apporter une réponse « adéquate » à des tentations intellectualistes et rationalistes qui refont surface. Il rappelle le rôle bénéfique de cette spiritualité durant la crise janséniste aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, qui vit le développement de ce courant de pensée rigoriste dans l’Église, minimisant le libre-arbitre de l’homme, en insistant sur le rôle déterminant de Dieu dans le salut des âmes.
Ce rappel historique sert d’appui à François pour mettre en garde les fidèles contre l’émergence d’un nouveau « dualisme janséniste » dans l’Église, qui accorde une grande place à l’esprit au détriment du cœur.
Selon lui, la dévotion au Sacré-Cœur « libère » d’une seconde dérive : celle « des communautés et des pasteurs qui se concentrent uniquement sur les activités extérieures, les réformes structurelles dépourvues d’Évangile, les organisations obsessionnelles, les projets mondains, les réflexions sécularisées, les propositions qui se présentent comme des prescriptions que l’on veut parfois imposer à tous ».
Réhabiliter la piété populaire
Au cœur de Dilexit nos, François célèbre la piété populaire dont les expressions « sont un lieu théologique » à part entière. Cette vision se retrouvait déjà dès la première année du pontificat de François, dans l’exhortation apostolique Evangelii gaudium.
Le voyage du pape à Ajaccio au mois de décembre 2024 à l’occasion du colloque sur la religiosité populaire a été une illustration forte de la pensée de François dans ce domaine.
Le pape François estime que la dévotion populaire au Sacré-Cœur est justifiée car les fidèles perçoivent « quelque chose de mystérieux qui dépasse notre logique humaine (…) : nous pouvons y participer par la foi ».
Tout en posant des limites au rite populaire pour le dissocier de la vénération des icônes et les diverses figurations des saints qui ne sont pas destinées à recevoir un culte, mais être simplement un accompagnement sur le chemin.
Dimension communautaire
De la même manière, l’encyclique encourage les fidèles à dépasser une approche ritualiste. Le pape les exhorte plutôt à replacer cette dévotion dans une perspective missionnaire et fraternelle :
« Quel culte serait rendu au Christ si nous nous contentions d’une relation individuelle, sans nous intéresser à aider les autres à moins souffrir et à mieux vivre ?
Peut−on plaire au Cœur qui a tant aimé en restant dans une expérience religieuse intime, sans conséquences fraternelles et sociales ? »
Il interroge ainsi à deux reprises les lecteurs.
Un texte au cœur du pontificat
« Ce texte permet au pape de faire le lien avec ses précédentes encycliques (Lumen fidei, Laudato si’ et Fratelli tutti), puisqu’il y souligne que tout − l’impératif fraternel et social, le soin de la maison commune − trouve son origine dans l’expérience de l’amour de Dieu pour soi », relève le père Maximilien de La Martinière, auteur de La Piété populaire, une chance pour l’évangélisation.
« L’encyclique vient approfondir le lien entre dévotion personnelle et responsabilité communautaire, ajoute le prêtre du diocèse de Versailles. Le pape rappelle ainsi que la dévotion comporte aussi une dimension fraternelle. »
Un texte de synthèse et d’unité
Ce document, dont le style et le sujet contrastent avec les précédents écrits du pape François, peut être lu comme le condensé d’un pontificat.
« Toutes les sensibilités ecclésiales peuvent s’y reconnaître », analyse pour sa part le père Étienne Kern, recteur du sanctuaire de Paray-le-Monial.
« Le Cœur de Jésus est présenté comme un centre unificateur et un lieu d’intégration de son action. »
En s’emparant du Cœur de Jésus et en rompant avec la tonalité plus directement politique de ses précédents écrits, le pape François développe ainsi une vision sans doute plus rassembleuse d’un pontificat qui a parfois pu dérouter certains catholiques.
Par Denys Bourguignat
Source : journal La Croix
Publié le 01 août 2025
Encyclique du pape François : Dilexit nos (« Il nous a aimés »)
Le Sacré-Cœur de Jésus, antidote à un monde sans cœur
Le Sacré-Cœur de Jésus comme antidote à « un monde sans cœur ». C’est le message qu’a voulu diffuser le pape François, tout au long des quelque 130 pages de l’encyclique Dilexit nos (« Il nous a aimés », en français), publiée le 24 octobre 2024.
Elle est consacrée à cette dévotion populaire, qui a connu un renouveau et une renommée dans le monde entier après les apparitions de Paray-le-Monial au XVIIᵉ siècle, avant de retomber progressivement dans une certaine désuétude au XXᵉ siècle.
Cette nouvelle encyclique − la quatrième du pape − constitue une ordonnance spirituelle pour revenir à l’essentiel, au cœur de l’humain et de la foi.
Pourquoi dépoussiérer une spiritualité jugée « passée » ?
Remède à un monde désincarné
Face à cette modernité froide, « liquide », désincarnée, peuplée de « consommateurs en série » et assujettie à des technologies « inhumaines », François préconise donc un retour au cœur, « lieu de la sincérité, où l’on ne peut ni tromper ni dissimuler ».
Le cœur, poursuit-il, est indispensable pour changer le monde, il forme « la base de tout projet solide (…) ». Pour se situer au centre de la foi, le pape invite les catholiques à se tourner vers le Sacré-Cœur de Jésus. Une manière de renouer avec l’incarnation.
Le pape souligne l’importance de cette dévotion qui, selon lui, s’avère un remède aux maux des sociétés contemporaines. Ces dernières sont caractérisées par « une forte avancée de la sécularisation qui aspire à un monde libéré de Dieu ».
La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus s’est développée dans les ordres religieux au Moyen Âge, avant de se répandre largement après les apparitions à sainte Marguerite-Marie Alacoque à Paray-le-Monial, dont le jubilé des 350 ans est célébré cette année.
Le Sacré-Cœur contre les dérives de l’Église
Le pape jésuite n’y voit pas seulement un remède aux maladies du monde, mais aussi aux dérives internes à l’Église.
Le recentrage sur le Cœur de Jésus doit apporter une réponse « adéquate » à des tentations intellectualistes et rationalistes qui refont surface. Il rappelle le rôle bénéfique de cette spiritualité durant la crise janséniste aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, qui vit le développement de ce courant de pensée rigoriste dans l’Église, minimisant le libre-arbitre de l’homme, en insistant sur le rôle déterminant de Dieu dans le salut des âmes.
Ce rappel historique sert d’appui à François pour mettre en garde les fidèles contre l’émergence d’un nouveau « dualisme janséniste » dans l’Église, qui accorde une grande place à l’esprit au détriment du cœur.
Selon lui, la dévotion au Sacré-Cœur « libère » d’une seconde dérive : celle « des communautés et des pasteurs qui se concentrent uniquement sur les activités extérieures, les réformes structurelles dépourvues d’Évangile, les organisations obsessionnelles, les projets mondains, les réflexions sécularisées, les propositions qui se présentent comme des prescriptions que l’on veut parfois imposer à tous ».
Réhabiliter la piété populaire
Au cœur de Dilexit nos, François célèbre la piété populaire dont les expressions « sont un lieu théologique » à part entière. Cette vision se retrouvait déjà dès la première année du pontificat de François, dans l’exhortation apostolique Evangelii gaudium.
Le voyage du pape à Ajaccio au mois de décembre 2024 à l’occasion du colloque sur la religiosité populaire a été une illustration forte de la pensée de François dans ce domaine.
Le pape François estime que la dévotion populaire au Sacré-Cœur est justifiée car les fidèles perçoivent « quelque chose de mystérieux qui dépasse notre logique humaine (…) : nous pouvons y participer par la foi ».
Tout en posant des limites au rite populaire pour le dissocier de la vénération des icônes et les diverses figurations des saints qui ne sont pas destinées à recevoir un culte, mais être simplement un accompagnement sur le chemin.
Dimension communautaire
De la même manière, l’encyclique encourage les fidèles à dépasser une approche ritualiste. Le pape les exhorte plutôt à replacer cette dévotion dans une perspective missionnaire et fraternelle :
« Quel culte serait rendu au Christ si nous nous contentions d’une relation individuelle, sans nous intéresser à aider les autres à moins souffrir et à mieux vivre ?
Peut−on plaire au Cœur qui a tant aimé en restant dans une expérience religieuse intime, sans conséquences fraternelles et sociales ? »
Il interroge ainsi à deux reprises les lecteurs.
Un texte au cœur du pontificat
« Ce texte permet au pape de faire le lien avec ses précédentes encycliques (Lumen fidei, Laudato si’ et Fratelli tutti), puisqu’il y souligne que tout − l’impératif fraternel et social, le soin de la maison commune − trouve son origine dans l’expérience de l’amour de Dieu pour soi », relève le père Maximilien de La Martinière, auteur de La Piété populaire, une chance pour l’évangélisation.
« L’encyclique vient approfondir le lien entre dévotion personnelle et responsabilité communautaire, ajoute le prêtre du diocèse de Versailles. Le pape rappelle ainsi que la dévotion comporte aussi une dimension fraternelle. »
Un texte de synthèse et d’unité
Ce document, dont le style et le sujet contrastent avec les précédents écrits du pape François, peut être lu comme le condensé d’un pontificat.
« Toutes les sensibilités ecclésiales peuvent s’y reconnaître », analyse pour sa part le père Étienne Kern, recteur du sanctuaire de Paray-le-Monial.
« Le Cœur de Jésus est présenté comme un centre unificateur et un lieu d’intégration de son action. »
En s’emparant du Cœur de Jésus et en rompant avec la tonalité plus directement politique de ses précédents écrits, le pape François développe ainsi une vision sans doute plus rassembleuse d’un pontificat qui a parfois pu dérouter certains catholiques.
Par Denys Bourguignat
Source : journal La Croix
Publié le 01 août 2025
Encyclique du pape François : Dilexit nos (« Il nous a aimés »)
Le Sacré-Cœur de Jésus, antidote à un monde sans cœur
Le Sacré-Cœur de Jésus comme antidote à « un monde sans cœur ». C’est le message qu’a voulu diffuser le pape François, tout au long des quelque 130 pages de l’encyclique Dilexit nos (« Il nous a aimés », en français), publiée le 24 octobre 2024.
Elle est consacrée à cette dévotion populaire, qui a connu un renouveau et une renommée dans le monde entier après les apparitions de Paray-le-Monial au XVIIᵉ siècle, avant de retomber progressivement dans une certaine désuétude au XXᵉ siècle.
Cette nouvelle encyclique − la quatrième du pape − constitue une ordonnance spirituelle pour revenir à l’essentiel, au cœur de l’humain et de la foi.
Pourquoi dépoussiérer une spiritualité jugée « passée » ?
Remède à un monde désincarné
Face à cette modernité froide, « liquide », désincarnée, peuplée de « consommateurs en série » et assujettie à des technologies « inhumaines », François préconise donc un retour au cœur, « lieu de la sincérité, où l’on ne peut ni tromper ni dissimuler ».
Le cœur, poursuit-il, est indispensable pour changer le monde, il forme « la base de tout projet solide (…) ». Pour se situer au centre de la foi, le pape invite les catholiques à se tourner vers le Sacré-Cœur de Jésus. Une manière de renouer avec l’incarnation.
Le pape souligne l’importance de cette dévotion qui, selon lui, s’avère un remède aux maux des sociétés contemporaines. Ces dernières sont caractérisées par « une forte avancée de la sécularisation qui aspire à un monde libéré de Dieu ».
La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus s’est développée dans les ordres religieux au Moyen Âge, avant de se répandre largement après les apparitions à sainte Marguerite-Marie Alacoque à Paray-le-Monial, dont le jubilé des 350 ans est célébré cette année.
Le Sacré-Cœur contre les dérives de l’Église
Le pape jésuite n’y voit pas seulement un remède aux maladies du monde, mais aussi aux dérives internes à l’Église.
Le recentrage sur le Cœur de Jésus doit apporter une réponse « adéquate » à des tentations intellectualistes et rationalistes qui refont surface. Il rappelle le rôle bénéfique de cette spiritualité durant la crise janséniste aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, qui vit le développement de ce courant de pensée rigoriste dans l’Église, minimisant le libre-arbitre de l’homme, en insistant sur le rôle déterminant de Dieu dans le salut des âmes.
Ce rappel historique sert d’appui à François pour mettre en garde les fidèles contre l’émergence d’un nouveau « dualisme janséniste » dans l’Église, qui accorde une grande place à l’esprit au détriment du cœur.
Selon lui, la dévotion au Sacré-Cœur « libère » d’une seconde dérive : celle « des communautés et des pasteurs qui se concentrent uniquement sur les activités extérieures, les réformes structurelles dépourvues d’Évangile, les organisations obsessionnelles, les projets mondains, les réflexions sécularisées, les propositions qui se présentent comme des prescriptions que l’on veut parfois imposer à tous ».
Réhabiliter la piété populaire
Au cœur de Dilexit nos, François célèbre la piété populaire dont les expressions « sont un lieu théologique » à part entière. Cette vision se retrouvait déjà dès la première année du pontificat de François, dans l’exhortation apostolique Evangelii gaudium.
Le voyage du pape à Ajaccio au mois de décembre 2024 à l’occasion du colloque sur la religiosité populaire a été une illustration forte de la pensée de François dans ce domaine.
Le pape François estime que la dévotion populaire au Sacré-Cœur est justifiée car les fidèles perçoivent « quelque chose de mystérieux qui dépasse notre logique humaine (…) : nous pouvons y participer par la foi ».
Tout en posant des limites au rite populaire pour le dissocier de la vénération des icônes et les diverses figurations des saints qui ne sont pas destinées à recevoir un culte, mais être simplement un accompagnement sur le chemin.
Dimension communautaire
De la même manière, l’encyclique encourage les fidèles à dépasser une approche ritualiste. Le pape les exhorte plutôt à replacer cette dévotion dans une perspective missionnaire et fraternelle :
« Quel culte serait rendu au Christ si nous nous contentions d’une relation individuelle, sans nous intéresser à aider les autres à moins souffrir et à mieux vivre ?
Peut−on plaire au Cœur qui a tant aimé en restant dans une expérience religieuse intime, sans conséquences fraternelles et sociales ? »
Il interroge ainsi à deux reprises les lecteurs.
Un texte au cœur du pontificat
« Ce texte permet au pape de faire le lien avec ses précédentes encycliques (Lumen fidei, Laudato si’ et Fratelli tutti), puisqu’il y souligne que tout − l’impératif fraternel et social, le soin de la maison commune − trouve son origine dans l’expérience de l’amour de Dieu pour soi », relève le père Maximilien de La Martinière, auteur de La Piété populaire, une chance pour l’évangélisation.
« L’encyclique vient approfondir le lien entre dévotion personnelle et responsabilité communautaire, ajoute le prêtre du diocèse de Versailles. Le pape rappelle ainsi que la dévotion comporte aussi une dimension fraternelle. »
Un texte de synthèse et d’unité
Ce document, dont le style et le sujet contrastent avec les précédents écrits du pape François, peut être lu comme le condensé d’un pontificat.
« Toutes les sensibilités ecclésiales peuvent s’y reconnaître », analyse pour sa part le père Étienne Kern, recteur du sanctuaire de Paray-le-Monial.
« Le Cœur de Jésus est présenté comme un centre unificateur et un lieu d’intégration de son action. »
En s’emparant du Cœur de Jésus et en rompant avec la tonalité plus directement politique de ses précédents écrits, le pape François développe ainsi une vision sans doute plus rassembleuse d’un pontificat qui a parfois pu dérouter certains catholiques.
Par Denys Bourguignat
Source : journal La Croix
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Publié le 01 août 2025